Non, un ERP ne doit pas parler comme un comptable !

ERP ne doit pas parler comme un comptable

Drôle de phénomène. Aux Etats-Unis une des pages qui a connu ces six derniers mois le plus de partages et d’engagements sur Facebook, à propos d’ERP, est celle d’un logiciel dont l’argument commercial est  : « l’ERP pour les comptables fait par des comptables ».

Oui. En 2022 , un site internet déclenche une épidémie de likes et d’applaudissements avec un tel positionnement ! Je ne sais pas vous, mais nous, ici, les bras nous en tombent !


Transposons cet argument

Combien d’applaudissements, de likes et de déclarations d’amour méritera le site internet d’un constructeur automobile déclarant : « la voiture conçue pour votre garagiste par des garagistes ».

On imagine déjà l’émeute chez les concessionnaires de la marque qui dirait cela. Les files d’attentes, la foule en délire qui exige d’avoir son modèle immédiatement. Ah ! Conduire une voiture en se sentant pris en main par … son garagiste !

Quel enthousiasme déclencherait de la même façon le site d’un éditeur de logiciel de stockage qui afficherait : « enfin un gestionnaire de supply-chain pour les caristes conçu par des caristes » ?

Là encore, on imagine la frénésie : quel chef d’entreprise ne rêve pas de voir toute sa politique d’approvisionnement organisée à 100 % en fonction des critères de choix exprimés par ses conducteurs de transpalettes. Ah ! Choisir ses fournisseurs en fonction de la taille des cartons qu’ils envoient. Un critère-clé, n’est-ce-pas ? Surtout dans des périodes de rupture d’approvisionnement, telles que nous les connaissons depuis 2020.



Comment en est-on venu là ?

Trêve d’ironie. Aucun chef d’entreprise sensé n’imagine bien sûr confier la stratégie de son entreprise à son service comptabilité. Chacun sa mission. Celle des caristes est essentielle, celle des comptables aussi. Mais le job de la comptabilité est d’apporter une photographie de la situation de l’entreprise, rien d’autre. C’est la leçon numéro 1 du cours de comptabilité dans toute école de commerce.

Donc, pourquoi un tel argument commercial peut-il faire mouche ?

Derrière cette question, il y a en fait un symptôme très intéressant de l’époque actuelle. Qu’un tel positionnement puisse exister sur le marché des ERP et qu’il suscite même quelques applaudissements est le signe de quelque chose. D’un problème qui se trouve ailleurs, bien sûr. Lequel ?

Lisons un peu plus loin ce que dit la page de ce site, objet de notre stupéfaction.

« Notre ERP fournit un point de vérité unique au sein de votre organisation, permettant une visibilité au-delà des silos des divisions, des régions ou des lignes de produits. Il va au-delà de la finance et de la comptabilité traditionnelles pour ajouter les capacités sophistiquées que les organisations complexes d’aujourd’hui exigent. »



Or donc, voilà. L’a-priori de cet argument est le suivant : ce que les comptables savent concevoir mieux que les autres est donc simple. Ce n’est rien moins que la vérité !

Ce dont vous avez besoin, cher chef d’entreprise, c’est d’un couple « ERP/comptable » qui vous dise la vérité vraie. Point barre. Voilà le symptôme : les chefs d’entreprise sont perturbés face à toutes ces lignes qui bougent dans tous les sens. Au milieu de ce flou, il leur faut … une vérité univoque et simple.


Ce qui nous mène tout droit en cours de philosophie. « Les comptables disent-ils vraiment la vérité ? » : vous avez quatre heures.

Neurosciences à l’appui

Pour répondre à cette question, le chef d’entreprise classique, son directeur financier, voire son DSI, feront appel à Descartes, l’homme de la raison, c’est sûr. On vous le joue à 100 contre 1. La vérité est une affaire de méthode, tout effet provient d’une cause, toute écriture dans un compte a sa contrepartie dans un autre. Voilà ce qu’est la vérité vraie !

Sauf que… Inventaires tardifs, reportings avec quelques omissions, factures en attente, règles comptables différentes dans les pays étrangers, formats de données incompatibles dans un service rebelle qui utilise ses propres outils. Tout cela relève-t-il du mensonge ?

Peut-être pas, mais avouez que cela sème le souk. Et que cela nuit gravement à l’expression d’une vérité vraie ! Voilà ce à quoi peut tenir la fin du fantasme de la vérité simple.

Même quand il s’agit d’ERP, de logiciel, d’outillage fondé sur les mathématiques, même dans ce cas, la rationalité ne peut prétendre conduire à la vérité.


Descartes est-il out ?


Oui. Descartes est out. Chez Inventiv-IT, face au devoir de philo ci-dessus, nous irions plutôt chercher du côté des neurosciences. Scientifiques, rationnelles, bien documentées, ces sciences qui sont parmi celles qui produisent le plus de découvertes majeures en ce moment, sont parvenues à une conclusion très simple, à propos de … la vérité vraie.

Le réel n’existe pas, disent-elles. Ou plutôt, il est insaisissable. Il n’existe en fait qu’à travers le cerveau de celui qui l’observe. Et ce cerveau n’a pas la capacité à percevoir et analyser tous les signes que la réalité lui envoie.
Sur 400 milliards de bits d’informations captées par lui chaque seconde, il ne va en porter que 2000 à la conscience de l’individu qu’il pilote. Oui, vous avez bien lu : 0,000001 % du réel seulement  « monte » vraiment à la conscience.

En fonction de quoi est-ce qu’il filtre la « vérité », ce cerveau qui nous isole de tout ?

En fonction de ses représentations préalables.

Dit autrement, la vérité d’un comptable ne sera pas la même que la vérité d’un commercial, celle d’un ingénieur de production ou celle ingénieur en R&D. Ils n’ont pas les mêmes « représentations », objectifs, systèmes de valeur, priorités, etc.
Ils ne perçoivent donc pas… la même vérité !



Que demande le peuple ?

D’ailleurs que demandent les responsables en entreprise en matière d’ ERP ?

Dans une étude de 2021, effectuée par l’Observatoire de Sage (éditeur bien connu de l’ERP Sage x3) et Adelanto (entreprise d’automatisation marketing), sur les attentes des entreprises françaises en matière de système de gestion, les DSI insistent à 78 % sur la circulation de l’information.

A 47 %, les entreprises comptent sur leur ERP pour les aider à créer de nouveaux services et à renouveler leur modèle économique (40%). Et, « elles attendent aussi de leur ERP qu’il les accompagne dans une meilleure valorisation de l’information, grâce à l’intégration de l’intelligence augmentée et des technologies avancées (IA, RPA, blockchain…). En effet, une meilleur circulation des informations (74%) renforce le potentiel collaboratif au sein de l’organisation ».

CQFD. Aucune recherche de vérité univoque ou divine dans cette affaire !


Bien au contraire. L’enquête révèle le besoin de confrontation de ces « filtres » et d’échanges de points de vue !

Non. On n’a pas besoin que la voiture soit conçue par le garagiste, mais si, dans le process, celui-ci pouvait être consulté, sans doute que la valeur perçue du type « la première voiturequi simplifie aussi la vie de votre garagiste et allège votre facture d’entretien » serait une innovation majeure.

Non. On ne va pas confier sa supply-chain aux caristes. N’empêche que si, dans le logiciel supply-chain, se voyait intégrer, pourquoi pas, une notation de leur part sur la façon dont sont conditionnés les produits de chaque fournisseur, cela donnerait une information de nature à construire avec les fournisseurs une politique d’amélioration continue. Ce n’est peut-être pas un simple détail, finalement !

On ne sait jamais par où peuvent passer les innovations, mais on sait une chose : elles viennent toujours de la façon dont ces « filtres » qui perçoivent la réalité se confrontent et se complètent.



L’ERP comme un cerveau

Il n’est donc pas si étonnant que cela, que, dans cette démonstration nous fassions aussi vite le parallèle entre le cerveau et l’ERP.

Ce qui compte, bien sûr, c’est que le logiciel de départ, les cellules gliales et le nombre de neurones du biniou, soit en parfait état de marche.
En la matière, notre recommandation est simple : faites votre choix chez les fournisseurs qui ont le plus de succès au monde (et notamment Sage x3).

Mais ce qui compte surtout, ce sont les filtres, les représentations qui vont s’installer dans ce cerveau, vierge au début de la vie, riche au bout de quelques mois des résultats que ses expériences ont donné. En d’autres termes les datas.

Elles devront être variées, diverses, multiples, mais comme le taux de filtrage du cerveau, elles devront être sélectionnées. Trop de data tue les datas, c’est bien connu.

C’est là qu’intervient le consultant ou l’intégrateur. C’est à lui de vous aider à structurer les datas et concevoir votre modèle de data quality management, en fonction des filtres dont vous avez besoin.

Votre ERP ne doit pas être un nouveau cerveau, vierge de toute histoire, qui va vous délivrer la vérité toute nue, du fait de son grand pouvoir magique doté d’une rationalité universelle.

Il doit vous aider à percevoir, comprendre, ressentir, trancher. Même s’il vous parle parfois dans une langage qui ne vous rassure pas, a priori. Celui de data externes, parfois. De commentaires Facebook ou Google, par exemple, dont vous vous demanderez forcément : « disent-ils la vérité ? ».
C’est là que vous avez besoin de traduction.

Le seul corporatisme que peut oser revendiquer votre ERP, n’est ni celui des comptables, ni celui des directeurs d’opération, ni celui des DSI. C’est, très éventuellement, celui des interprètes.


Consultant

Donc, si le consultant qui vous aide à installer votre ERP vous parle de « vérité unique », fuyez.

S’il vous conforte dans cette croyance un peu virile que le seul vrai langage est celui des chiffres, de la comptabilité, et du résultat de fin d’années, fuyez aussi. Il ne vous servira à rien d’autre qu’à vous rendre chaque jour un peu plus has-been, un peu moins à l’écoute.

Le consultant dont vous avez besoin, pour que cet ERP vous soit aussi utile que votre propre cerveau, c’est celui qui va commencer par vous dire « non, un ERP ne doit pas parler le langage des comptables ».

Il doit parler le langage du plus grand nombre, et parler un grand nombre de langages, être un passeur, permettre de regarder les choses sous quantité d’angles. Il n’est pas là pour vous conforter dans ce que seul le passé vous a appris, fût-ce cette formidable première leçon de votre école de commerce.

Il est là pour vous rendre autonome et pertinent, vous et votre organisation, face à l’avenir.





Besoin d’un intégrateur Sage expérimenté pour votre projet ?

Share This

Copy Link to Clipboard

Copy